Séminaire : Anthropologie et IA
« Il y a quelque chose de troublant dans le fait que les machines ‘les plus intelligentes’ que nous ayons jamais construites nous ressemblent. Pas par hasard. Par conception. »
L’intelligence artificielle est bio-inspirée : elle a été façonnée à partir de nous, par nous, parfois contre nous. Elle a appris à écrire en lisant nos textes, à raisonner en observant nos raisonnements, à simuler l’émotion en imitant nos réponses. Nous lui attribuons le pouvoir du regard (sur nous).
Cette conférence pose deux questions : comment faisons-nous l’IA et qu’est-ce que l’IA fait de nous ?
La journée s’organise en deux temps et sera animé par l’anthropologue Maxime Derian
La matinée : « Anatomie d’une machine : fabriquer et faire évoluer l’IA »
Avant de comprendre ce que l’IA nous fait, il faut comprendre comment elle est faite.
Les machines intelligentes ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le produit d’une longue chaîne de décisions, techniques, économiques, humaines, qui commence dans des datacenters climatisés et finit dans la poche de trois milliards de personnes. Cette matinée est une anatomie.
Cette démarche anatomique impose d’explorer les « deux infinis » pascaliens de l’IA qui là encore nous désorientent : de l’infiniment petit des transistors des puces GPU, des opérations des algorithmes élémentaires des transformers, de chacun de leurs paramètres appris automatiquement, à l’infiniment grand des supercalculateurs, centres de calcul, des câbles transatlantiques et du volume des données ingurgitées par les grands modèles de langage.
Ce n’est pas de la magie. C’est de l’ingénierie. Et comprendre cette ingénierie, c’est commencer à démystifier.
L’après-midi : « La tentation de Claude : ce que l’IA fait de nous » / Ce que nous avons déjà délégué, en le décidant (et sans le décider).
La matinée décortique la machine, l’après-midi on observe l’humain face à elle.
La tentation de faire confiance, de suivre. La tentation de croire que ce qui répond avec fluidité, avec cohérence, avec une apparente bienveillance, comprend. La tentation, la facilité, de ne plus décider seul et de déléguer à « une parole high tech », même désincarnée, même non humaine – avec la question de devoir comprendre si cette délégation est pertinente.
Des cas d’étude concrets permettent d’observer et de décrire le développement cognitif, le comportement de l’interaction système humain – système machine, les biais, les effets de l’automatisation sur l’humain, l’observation du principe de confiance, une potentielle éthique pour protéger les personnes, la gestion de crise quand l’humain doit reprendre la main
DATE & LIEU
16 novembre 2026
9h00 - 17h30
Drahi-X Novation Center
SITUATION
Organisateurs et partenaires
COORDINATION SCIENTIFIQUE
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Judith Nicogossian Association Française d’Anthropologie – UGA |
Christophe Clavin CEA |
Jean Rohmer Institut Fredrik Bull |
Charles Tijus Institut Fredrik Bull |
TARIF & inscription
Tarifs
- Participation aux frais :
- Gratuit + 13.50€ pour le repas
Pour les entreprises adhérentes d’Aristote - 60,00€ TTC + 13.50€ pour le repas
Pour les entreprises non adhérentes à Aristote - 70.00€ TTC + 13.50€ pour le repas
Pour les règlements sur place
INSCRIPTION
Il est nécessaire de réserver pour le repas, pour lequel le coût s’élève à 13,50 €. Le repas du midi aura lieu dans le self de l’école Polytechnique.
- Formulaire d’inscription :
- Par Carte Bleue :
- directement lors de l’inscription
- Par chèque :
- à l’ordre de “Association Aristote”
- Par virement bancaire :
- (IBAN : FR76 3000 4008 8600 0042 1466 411)
PROGRAMME
Accueil & café
09h00 – 09h10
Introduction
Judith NICOGOSSIAN
09h10 – 09h50
Panorama des IA
Cédric GOUY-PAILLER
CEA
09h50 – 10h30
Un regard humain sur les « transformers »: sont-ils un nouvel opérateur de calcul universel ?
Jean ROHMER
Institut F. Bull
10h30 – 10h50
Pause café
10h50 – 11h30
Supercalculateur pour l’IA
BULL
11h30 – 12h10
La chaine de l’IA
Christophe CALVIN
CEA
12h10 – 13h40
Déjeuner self de l’école Polytechnique
13h40 – 14h20
Sur les formes de conscience des systèmes artificiels
Bernadette BOUCHON-MEUNIER
CNRS-Sorbonne Université
14h20 – 15h00
Marius BERTOLUCCI
15h00 – 15h40
Confiance et Anthropomorphisme
Joffrey BECKER
ENSEA – ETIS
15h40 – 16h20
Anthropologie et IA générative agentique : en quoi sommes-nous responsables de l’IA comme nous-mêmes et de l’IA comme soi-même ?
Charles TIJUS
Institut F. Bull
16h20 – 16h40
Pause café
16h40 – 17h20
Retour d expérience de l’étude PSYBER
Judith NICOGOSSIAN
Association Française d’Anthropologie – UGA
17h20 – 18h00
Discours de clôture
Pascal PICQ
Paléoanthropologue
Auteur : L’ IA, le philosophe et l’anthropologue de 2024
Résumé de la présentation
Un regard humain sur les "transformers" : sont-ils un nouvel opérateur de calcul universel ? | Jean Rohmer

Les notations mathématiques généralement utilisées pour les décrire semblent destinées surtout à des mathématiciens ou des physiciens, et par ailleurs les explications les plus courantes se cantonnent à « ce sont des espaces vectoriels de grande dimension » ou « ce sont de pures statistiques »
Une approche anthropologique de l’IA ne peut pas éluder la nécessité d’une meilleure compréhension de ce que se passe dans les détails des machines et algorithmes de l’IA, mais en élaborant un autre discours.
Ce n’est pas un travail facile, les sources scientifiques étant assez hermétiques, et les contenus de vulgarisation trop simplificateurs ou sensationnalistes.
Nous communiquerons les premiers résultats d’un travail que nous avons entrepris en ce sens, et qui révèlent que l’on peut éclairer ces sujets de manière parfois étonnante, en évoquant de manière précise des notions et mécanismes bien connus, aussi bien des sciences cognitives, de la « vieille » IA symbolique et logique, mais aussi de l’architecture originelle des machines de Von Neumann.
Une fois certains mystères ainsi dissipés, de nouvelles pistes s’ouvrent pour introduire dans ces systèmes plus de facultés de raisonnement, d’explication et de validation, dans le sens d’IA « hybrides » ou « de confiance » que beaucoup de personnes appellent de leurs vœux.
Sur les formes de conscience des systèmes artificiels | Bernadette Bouchon-Meunier
Le concept de conscience est complexe et prend des formes diverses. Le fait qu’un système intelligent puisse être conscient a été discuté depuis longtemps et les questions se sont multipliées avec l’apparition de systèmes qui semblent capables de dialoguer avec l’homme de façon très naturelle.
Nous proposons d’examiner plusieurs facettes de la conscience, de la conscience phénoménologique liée aux perceptions, à la conscience d’accès, qui nous renseigne sur nos actions. En 1982 déjà, Marvin Minsky considérait que des systèmes conscients d’eux-mêmes pouvaient être réalisés en fournissant aux machines des moyens d’examiner leurs propres mécanismes pendant qu’elles fonctionnent. Puis Jacques Pitrat, en 2009, a affirmé que la possibilité pour un être artificiel conscient de contrôler sa propre pensée lui permet d’expliquer ses décisions afin qu’elles soient acceptées par les autres, ce qui va dans le sens d’une IA eXplicable. Une étude récente fournit une liste de critères dérivés de théories scientifiques pour évaluer la conscience d’un système intelligent. Nous proposons un aperçu de certains aspects intéressants de la conscience de systèmes intelligents, qui peut être différente de celle des humains.
Nous étudions dans quelle mesure un système actuel ou futur peut avoir une telle forme de conscience et quels en sont les avantages et les inconvénients.
Bernadette Bouchon-Meunier. Directrice de recherche émérite au CNRS et à Sorbonne Université, ancienne directrice du département Bases de données et apprentissage automatique du LIP6. Bernadette Bouchon-Meunier a été rédactrice en chef de l’International Journal of Uncertainty, Fuzziness and Knowledge-based Systems jusqu’en 2025 et elle est co-directrice exécutive de la conférence internationale bisannuelle IPMU depuis 1986. B. Bouchon-Meunier est (co)éditrice de 32 livres et (co)auteur de cinq. Elle a été présidente de l’IEEE Computational Intelligence Society en 2020-2021. Elle est Life Member de l’IEEE et Fellow de l’International Fuzzy Systems. Elle a reçu le Scientific Excellence Award d’EUSFLAT en 2017, le Fuzzy Systems Pioneer Award de l’IEEE CIS en 2018 et l’IEEE Frank Rosenblatt Award en 2024.
Confiance et Anthropomorphisme | Joffrey Becker

Joffrey Becker. Formé à l’anthropologie sociale à l’EHESS et au Programme Arts et Politiques de Sciences Po, Joffrey Becker enseigne à l’ENSEA et mène ses recherches au laboratoire ETIS (CNRS, CY Cergy Paris Université, ENSEA). Depuis la fin des années 2000, ses travaux portent sur les relations entre humains et machines dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il s’intéresse notamment à la manière dont les systèmes intelligents viennent remettre en question les modèles établis, tant sur les plans ontologique et interactionnel que sociétal. À travers des approches interdisciplinaires et collaboratives, menées avec des partenaires publics et privés, il étudie la façon dont l’IA et la robotique transforment les relations et les pratiques contemporaines.
Anthropologie et IA générative agentique | Charles Tijus

L’anthropologie est ainsi la science de la personne: l’étude de ses compétences, de ses savoirs et savoir-faire et celle de ses manières d’être, de communiquer, d’agir et d’apprendre.
En quoi, l’anthropologie peut-elle renseigner ce qu’est l’IA générative: son caractère anthropogénique, produite par l’humain, et qui en devient de plus en plus semblable lorsqu’elle agit pour produire par imitation des contenus imagés, symboliques et physiques; mais aussi la représentation illusoire d’une soit-disant existence individuelle qui se trouve incorporée à une robotique qui lui fournit une place dans le monde physique et, de plus en plus, ici et maintenant, des fonctions qui relèvent de l’humain.
Il manque toutefois à l’IA générative, outre évidemment le vivant, à lui programmer l’intention et l’attention et surtout “la conscience de”, avec comme effet la confiance que l’humain pourrait lui accorder.
L’exposé traitera ce qu’apporte l’IA générative Agentique à l’humain au regard de l’externalisation de ses fonctions cognitives, savoirs et savoir-faire, en termes de possibles rétrogressions, mais aussi surtout de progressions: attribution des capacités humaines générales (bases de données relatives aux savoirs et savoir-faire) qui sont imitées en ce qu’elles sont et, de manière générative, pour produire du nouveau.
Charles Tijus. Spécialiste des Sciences et Technologies cognitives, Professeur des Universités, Charles Tijus a soutenu son Habilitation à Diriger des Recherches sur « Assignation de signification et construction de la représentation ». Avant d’être nommé à l’Université Paris 8, il a été durant deux ans Research Assistant au Vision-Lab du Professeur Adam Reeves (Boston, USA). Avec François Jouen, il a co-dirigé le laboratoire Cognitions Humaine et Artificielle (EA 4004 – CHArt) et sa plateforme LUTIN à la Cité des Sciences et de l’Industrie.Récipiendaire du 2014 IBM’ Faculty Award, ses travaux de recherche (expérimentation, modélisation-simulation informatique des processus cognitifs) en science cognitive ergonomique concernent les technologies cognitives dédiées aux objets SMART (Smart Cities, Smart Home, Smart Clothes, Smart Things, autonomous cars), aux apprentissages, à l’accessibilité des lieux et des contenus, à la sémantique de l’action, à la résolution de problème et à la compréhension d’énoncés figurés, de consignes et de pictogrammes.


