A la croisée des révolutions numériques

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Home 5 Évènement 5 Séminaire : Anthropologie et IA

Séminaire : Anthropologie et IA

« Il y a quelque chose de troublant dans le fait que les machines ‘les plus intelligentes’ que nous ayons jamais construites nous ressemblent. Pas par hasard. Par conception. »

L’intelligence artificielle est bio-inspirée : elle a été façonnée à partir de nous, par nous, parfois contre nous. Elle a appris à écrire en lisant nos textes, à raisonner en observant nos raisonnements, à simuler l’émotion en imitant nos réponses. Nous lui attribuons le pouvoir du regard (sur nous).

Cette conférence pose deux questions : comment faisons-nous l’IA et qu’est-ce que l’IA fait de nous ?

 

La journée s’organise en deux temps et sera animé par l’anthropologue Maxime Derian

La matinée : « Anatomie d’une machine : fabriquer et faire évoluer l’IA »

Avant de comprendre ce que l’IA nous fait, il faut comprendre comment elle est faite.

Les machines intelligentes ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le produit d’une longue chaîne de décisions, techniques, économiques, humaines, qui commence dans des datacenters climatisés et finit dans la poche de trois milliards de personnes. Cette matinée est une anatomie.

Cette  démarche anatomique impose d’explorer les « deux infinis » pascaliens de l’IA  qui là encore nous désorientent :   de l’infiniment petit des transistors des puces GPU, des opérations des algorithmes élémentaires des transformers, de chacun de leurs  paramètres appris automatiquement,  à l’infiniment grand des supercalculateurs, centres de calcul, des câbles transatlantiques et du volume des données ingurgitées par les grands modèles de langage.
Ce n’est pas de la magie. C’est de l’ingénierie. Et comprendre cette ingénierie, c’est commencer à démystifier.

 

L’après-midi : « La tentation de Claude : ce que l’IA fait de nous » / Ce que nous avons déjà délégué, en le décidant (et sans le décider). 

La matinée décortique la machine, l’après-midi on observe l’humain face à elle.

La tentation de faire confiance, de suivre. La tentation de croire que ce qui répond avec fluidité, avec cohérence, avec une apparente bienveillance, comprend. La tentation, la facilité, de ne plus décider seul et de déléguer à « une parole high tech », même désincarnée, même non humaine – avec la question de devoir comprendre si cette délégation est pertinente.

Des cas d’étude concrets permettent d’observer et de décrire le développement cognitif, le comportement de l’interaction système humain – système machine, les biais, les effets de l’automatisation sur l’humain, l’observation du principe de confiance, une potentielle éthique pour protéger les personnes, la gestion de crise quand l’humain doit reprendre la main

DATE & LIEU

16 novembre 2026

9h00 - 17h30

Drahi-X Novation Center

Avenue Coriolis
91120 Palaiseau
École polytechnique
Ecole Polytechnique

SITUATION

Organisateurs et partenaires

COORDINATION SCIENTIFIQUE

       

Judith Nicogossian

Association Française d’Anthropologie – UGA

Christophe Clavin

CEA

Jean Rohmer

Institut Fredrik Bull

Charles Tijus

Institut Fredrik Bull

 

TARIF & inscription

Tarifs

  • Participation aux frais :
  • Gratuit + 13.50€ pour le repas
    Pour les entreprises adhérentes d’Aristote
  • 60,00€ TTC + 13.50€ pour le repas
    Pour les entreprises non adhérentes à Aristote
  • 70.00€ TTC + 13.50€ pour le repas
    Pour les règlements sur place

INSCRIPTION

Il est nécessaire de réserver pour le repas, pour lequel le coût s’élève à 13,50 €. Le repas du midi aura lieu dans le self de l’école Polytechnique.

  • Formulaire d’inscription :

  • Par Carte Bleue :
  • directement lors de l’inscription
  • Par chèque :
  • à l’ordre de “Association Aristote”
  • Par virement bancaire :
  • (IBAN : FR76 3000 4008 8600 0042 1466 411)

PROGRAMME

08h30 – 09h00

Accueil & café

09h00 – 09h10

Introduction

Judith NICOGOSSIAN

09h10 – 09h50

Panorama des IA

Cédric GOUY-PAILLER

CEA

09h50 – 10h30

Un regard humain sur les « transformers »: sont-ils un nouvel opérateur de calcul universel ?

Jean ROHMER

Institut F. Bull

10h30 – 10h50

Pause café

10h50 – 11h30

Supercalculateur pour l’IA

BULL

11h30 – 12h10

La chaine de l’IA

Christophe CALVIN

CEA

12h10 – 13h40

Déjeuner self de l’école Polytechnique

13h40 – 14h20

Sur les formes de conscience des systèmes artificiels

Bernadette BOUCHON-MEUNIER

CNRS-Sorbonne Université

14h20 – 15h00

Marius BERTOLUCCI

15h00 – 15h40

Confiance et Anthropomorphisme

Joffrey BECKER

ENSEA – ETIS

15h40 – 16h20

Anthropologie et IA générative agentique : en quoi sommes-nous responsables de l’IA comme nous-mêmes et de l’IA comme soi-même ?

Charles TIJUS

Institut F. Bull

16h20 – 16h40

Pause café

16h40 – 17h20

Retour d expérience de l’étude PSYBER

Judith NICOGOSSIAN

Association Française d’Anthropologie – UGA

17h20 – 18h00

Discours de clôture

Pascal PICQ

Paléoanthropologue

Auteur : L’ IA, le philosophe et l’anthropologue de 2024

Résumé de la présentation

Un regard humain sur les "transformers" : sont-ils un nouvel opérateur de calcul universel ? | Jean Rohmer

Le grand public, y compris éclairé, comprend mal comment et surtout pourquoi les grands modèles de langage fonctionnent. Cette aura de mystère contribue d’ailleurs à leur prestige, à la crainte qu’ils inspirent, et on peut se demander parfois si elle n’est pas entretenue volontairement.

Les notations mathématiques généralement utilisées pour les décrire semblent destinées surtout à des mathématiciens ou des physiciens, et par ailleurs les explications les plus courantes se cantonnent à « ce sont des espaces vectoriels de grande dimension » ou « ce sont de pures statistiques »

Une approche anthropologique de l’IA ne peut pas éluder la nécessité d’une meilleure compréhension de ce que se passe dans les détails  des machines et algorithmes de l’IA, mais en élaborant un autre discours.

Ce n’est pas un travail facile, les sources scientifiques étant assez hermétiques, et les contenus de vulgarisation trop simplificateurs ou sensationnalistes.

Nous communiquerons les premiers résultats d’un travail que nous avons entrepris en ce sens, et qui révèlent que l’on peut éclairer ces sujets de manière parfois étonnante, en évoquant de manière précise des notions et mécanismes bien connus, aussi bien des sciences cognitives, de la « vieille » IA symbolique et logique, mais aussi de l’architecture originelle des machines de Von Neumann.

Une fois certains mystères ainsi dissipés, de nouvelles pistes s’ouvrent pour introduire dans ces systèmes plus de   facultés de raisonnement, d’explication et de validation, dans le sens d’IA « hybrides » ou « de confiance » que beaucoup  de personnes appellent de leurs vœux.

Sur les formes de conscience des systèmes artificiels | Bernadette Bouchon-Meunier

Le concept de conscience est complexe et prend des formes diverses. Le fait qu’un système intelligent puisse être conscient a été discuté depuis longtemps et les questions se sont multipliées avec l’apparition de systèmes qui semblent capables de dialoguer avec l’homme de façon très naturelle.

Nous proposons d’examiner plusieurs facettes de la conscience, de la conscience phénoménologique liée aux perceptions, à la conscience d’accès, qui nous renseigne sur nos actions. En 1982 déjà, Marvin Minsky considérait que des systèmes conscients d’eux-mêmes pouvaient être réalisés en fournissant aux machines des moyens d’examiner leurs propres mécanismes pendant qu’elles fonctionnent. Puis Jacques Pitrat, en 2009, a affirmé que la possibilité pour un être artificiel conscient de contrôler sa propre pensée lui permet d’expliquer ses décisions afin qu’elles soient acceptées par les autres, ce qui va dans le sens d’une IA eXplicable. Une étude récente fournit une liste de critères dérivés de théories scientifiques pour évaluer la conscience d’un système intelligent. Nous proposons un aperçu de certains aspects intéressants de la conscience de systèmes intelligents, qui peut être différente de celle des humains.

Nous étudions dans quelle mesure un système actuel ou futur peut avoir une telle forme de conscience et quels en sont les avantages et les inconvénients.

Bernadette Bouchon-Meunier. Directrice de recherche émérite au CNRS et à Sorbonne Université, ancienne directrice du département Bases de données et apprentissage automatique du LIP6. Bernadette Bouchon-Meunier a été rédactrice en chef de l’International Journal of Uncertainty, Fuzziness and Knowledge-based Systems jusqu’en 2025 et elle est co-directrice exécutive de la conférence internationale bisannuelle IPMU depuis 1986. B. Bouchon-Meunier est (co)éditrice de 32 livres et (co)auteur de cinq. Elle a été présidente de l’IEEE Computational Intelligence Society en 2020-2021. Elle est Life Member de l’IEEE et Fellow de l’International Fuzzy Systems. Elle a reçu le Scientific Excellence Award d’EUSFLAT en 2017, le Fuzzy Systems Pioneer Award de l’IEEE CIS en 2018 et l’IEEE Frank Rosenblatt Award en 2024.

Confiance et Anthropomorphisme | Joffrey Becker

Parler de confiance à propos de systèmes techniques revient-il à étendre une notion forgée pour décrire les relations entre êtres vivants, ou à rassembler sous un même terme des phénomènes de nature différente ? À mesure que les machines acquièrent des capacités d’action, d’adaptation et de décision, les discours sur la « confiance dans l’IA » tendent à brouiller les distinctions entre fiabilité technique, confiance interpersonnelle et confiance institutionnelle. S’appuyant sur des travaux interdisciplinaires couvrant la robotique, l’informatique, les sciences cognitives et l’anthropologie sociale, cette présentation examine les tensions et les extensions de la notion de confiance à plusieurs échelles. Elle conduit à se demander ce qui se construit lors de la conception de systèmes « dignes de confiance ».

Joffrey Becker. Formé à l’anthropologie sociale à l’EHESS et au Programme Arts et Politiques de Sciences Po, Joffrey Becker enseigne à l’ENSEA et mène ses recherches au laboratoire ETIS (CNRS, CY Cergy Paris Université, ENSEA). Depuis la fin des années 2000, ses travaux portent sur les relations entre humains et machines dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il s’intéresse notamment à la manière dont les systèmes intelligents viennent remettre en question les modèles établis, tant sur les plans ontologique et interactionnel que sociétal. À travers des approches interdisciplinaires et collaboratives, menées avec des partenaires publics et privés, il étudie la façon dont l’IA et la robotique transforment les relations et les pratiques contemporaines.

Anthropologie et IA générative agentique | Charles Tijus

L’anthropologie est la science de l’être humain; i.e. la connaissance de ce qu’est l’être humain: à savoir une chose en ce qu’elle occupe une place dans le monde physique qui ne peut être partagée et qui atteste sa présence; une chose qui est plus spécifiquement un être vivant en ce qu’elle peut se développer et se reproduire, tomber malades et mourir; un être humain qui est une personne dotée de raison, de volonté, de sentiment et qui a une conscience d’elle-même et de sa propre existence; mais aussi, possiblement, de sympathie et d’empathie envers autrui.

L’anthropologie est ainsi la science de la personne: l’étude de ses compétences, de ses savoirs et savoir-faire et celle de ses manières d’être, de communiquer, d’agir et d’apprendre.

En quoi, l’anthropologie peut-elle renseigner ce qu’est l’IA générative: son caractère anthropogénique, produite par l’humain, et qui en devient de plus en plus semblable lorsqu’elle agit pour produire par imitation des contenus imagés, symboliques et physiques; mais aussi la représentation illusoire d’une soit-disant existence individuelle qui se trouve incorporée à une robotique qui lui fournit une place dans le monde physique et, de plus en plus, ici et maintenant, des fonctions qui relèvent de l’humain.

Il manque toutefois à l’IA générative, outre évidemment le vivant, à lui programmer l’intention et l’attention et surtout “la conscience de”, avec comme effet la confiance que l’humain pourrait lui accorder.

L’exposé traitera ce qu’apporte l’IA générative Agentique à l’humain au regard de l’externalisation de ses fonctions cognitives, savoirs et savoir-faire, en termes de possibles rétrogressions, mais aussi surtout de progressions: attribution des capacités humaines générales (bases de données relatives aux savoirs et savoir-faire) qui sont imitées en ce qu’elles sont et, de manière générative, pour produire du nouveau.

Charles Tijus. Spécialiste des Sciences et Technologies cognitives, Professeur des Universités, Charles Tijus a soutenu son Habilitation à Diriger des Recherches sur « Assignation de signification et construction de la représentation ». Avant d’être nommé à l’Université Paris 8, il a été durant deux ans Research Assistant au Vision-Lab du Professeur Adam Reeves (Boston, USA). Avec François Jouen, il a co-dirigé le laboratoire Cognitions Humaine et Artificielle (EA 4004 – CHArt) et sa plateforme LUTIN à la Cité des Sciences et de l’Industrie.Récipiendaire du 2014 IBM’ Faculty  Award, ses travaux de recherche (expérimentation, modélisation-simulation informatique des processus cognitifs) en science cognitive ergonomique concernent les technologies cognitives dédiées aux objets SMART (Smart Cities, Smart Home, Smart Clothes, Smart Things, autonomous cars), aux apprentissages, à l’accessibilité des lieux et des contenus, à la sémantique de l’action, à la résolution de problème et à la compréhension d’énoncés figurés, de consignes et de pictogrammes.